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Seul le texte prononcé fait foi !

En route vers le 21ème siècle

Rapport du Président du PPE, Wilfried Martens
XIIIème Congrès PPE, 4 février 1999
Bruxelles


Wilfried MARTENSI. Introduction

Moins de 350 jours nous séparent encore du 21ème siècle. Chacun sent confusément que ce passage d'un siècle à l'autre, d'un millénaire à l'autre est chargé d'un sens profond, est lourd d'angoisses devant l'accélération de l'Histoire, des techniques, de la science, mais aussi riche d'espoirs et d'attentes.

Comment le PPE, notre Parti, aborde-t-il ce rendez-vous symbolique ?

Avec la grande satisfaction que depuis un demi siècle, nos valeurs et notre conception de l'Homme et de la politique ont progressé sur notre continent. L'Europe vit dans la paix et la liberté.

La révolution des peuples en Europe centrale et orientale a fait voler en éclats le socialisme.

Il n'y a pas d'alternative crédible à la société civile démocratique, à l'économie de marché et à la démocratie représentative ainsi qu'aux droits de l'Homme individuels et inaliénables. La question du système ne se pose plus. Notre vision politique, pour laquelle nous avons lutté pendant 50 ans, s'est imposée.

Le socialisme n'est pas seulement mort sur les trottoirs de Prague, de Budapest et de Dresde. L'économie fermée, et étatisée n'a pas apporté de bons résultats dans l'économie mondiale ouverte du 20ème siècle. L'EURO et le Pacte de Stabilité et de Croissance ont mis définitivement fin à cette illusion.

Peut-il y avoir des partis socialistes sans socialisme?

Aujourd'hui, certains partis socialistes tentent de retrouver une nouvelle jeunesse : ils copient les concepts de la démocratie chrétienne: troisième voie entre le socialisme et le capitalisme, régionalisation, renforcement des communes, accent mis sur la famille et l'éducation. mais également la poursuite de la privatisation et de la dérégulation et l'ouverture de l'Europe et ce en dépit de désapprobation de nombreux membres et de dirigeants de leur propre parti. Tel est le projet de Tony Blair en Grande-Bretagne.

D'autres défendent le statu quo. Ils essaient, par le biais d'une politique de structure conservatrice, d'éviter les changements devenus nécessaires dans le cadre de la mondialisation. Ils promettent aux citoyens d'éviter les adaptations, peu populaires mais néanmoins nécessaires, de l'Etat Providence et achètent leur majorité par une coopération étroite avec les communistes. Tel est le projet de Lionel Jospin en France.

D'autres encore abusent du consensus politique devenu plus large et résument la politique à des décisions entre personnes et remplissent le vide politique par des démêlés soulevés par des projets des Verts: abandon du nucléaire et double nationalité comme règle générale. Telle est la tentative de Gerhard Schröder.

Si les partis socialistes ont engrangé en Europe tant de succès électoraux ce n'est pas malgré l'échec historique du socialisme mais bien à cause de celui-ci. Ils ont su se décharger de leur poids historique.

II. La situation des Partis populaires en Europe

Sommes-nous aujourd'hui victimes de notre succès?

Les citoyens en Europe centrale et orientale, font confiance aux Partis populaires. Quand prendra-t-on conscience que les citoyens des nouvelles démocraties d'Europe centrale et orientale ont également rejetés ces socialistes de fraîche date?

Quand lirons-nous que des douze gouvernements des Etats candidats à l'adhésion, en particulier en Europe centrale et orientale, un seul est encore gouverné par les socialistes et que la majorité appartient à notre famille politique ?

Emil Constantinescu, Ivan Kostov, Radu Vasile, Jerzy Buzek, Gedimnias Vagnorius, Mikulas Dzurinda, Edward Fenech-Adami et Glafcos Clerides sont issus de notre famille politique.

Un petit miracle s'est produit en Espagne. Sous la direction de José-Maria Aznar, les forces sociales-chrétiennes, libérales et conservatrices se sont réunies en un grand parti du centre, qui lutte avec brio contre le chômage.

Quand lirons-nous que nous sommes aussi forts au Parlement Européen qu'il y a trente ans et qu'un tiers des députés sont nôtres?

Tel doit être le message de notre Congrès. Le Parti Populaire Européen relève le défi. Nous luttons pour regagner la majorité en Europe. Au cours des mois à venir, lors des campagnes électorales européennes, nous ferons tout pour devenir la force politique la plus importante. Nous voulons une majorité pour nos idées, pour notre vision de l'Europe.

Nous pouvons attendre le jugement de l'Histoire en toute quiétude. La deuxième moitié du 20ème siècle, entrera dans les livres d'Histoire comme une époque de paix, de prospérité croissante et d'une démocratie se renforçant toujours davantage. La deuxième moitié du 20ème siècle, a été la grande période de la démocratie chrétienne dans les Etats fondateurs de la Communauté.
Nous avons marqué cette Europe de l'empreinte de grandes personnalités.

Nous devrions commencer ce Congrès par un mot de remerciement à Helmut Kohl.

Helmut Kohl a gouverné l'Allemagne pendant 16 ans et a marqué l'Europe d'une façon décisive. Il a réalisé l'unification allemande et a fait progressé l'unification européenne. Helmut Kohl est un grand démocrate chrétien, un grand Allemand et un grand Européen. Il est un ami engagé du Parti Populaire Européen.

Le Parti Populaire Européen exprimera sa reconnaissance à Helmut Kohl à un autre moment. Aujourd'hui, nous lui transmettons notre profonde reconnaissance et les meilleurs voeux du XIII Congrès du Parti Populaire Européen. Helmut, nous te remercions.

Nous restons fidèles à l'Europe et nous luttons contre le nationalisme. Nous sommes pour une société ouverte, reposant sur des valeurs stables et nous sommes contre toutes restrictions fondamentalistes. Nous restons une force du centre politique.

III. Définir le 21ème siècle

Ce Congrès se place sous le thème " En route vers le 21ème siècle". Qu'entendons-nous par là?

Nous avons marqué de notre empreinte la deuxième moitié du 20ème siècle parce que nous étions proches des préoccupations des citoyens. Reconstruction après la guerre, l'effort d'une justice sociale par des chances de formation et de promotion pour tous dans une société ouverte et l'entente avec nos voisins par la réalisation d'un ordre de paix européen.

Quel est le défi pour le 21ème siècle naissant?

Nos espérances de vie au 21ème siècle seront plus que jamais déterminées par des événements mondiaux.

Cela ne signifie pas seulement l'économie avec la formation de marchés de produits et du travail globaux.

Cela signifie la sauvegarde de notre environnement naturel.

Cela concerne la communication entre les cultures.

Cela concerne les flux de réfugiés et les mouvements migratoires.

Cela concerne les guerres, les guerres civiles et les conflits ethniques, partout où ils se produisent.

Notre conception du temps et de l'espace se modifie fondamentalement.

Nous ne voulons pas subir la mondialisation, nous voulons la réaliser. La mondialisation n'est pas un phénomène naturel mais un défi posé à la politique. L'Unification européenne entre ainsi dans sa troisième phase: reconstruction et réconciliation après la guerre; libération de la dynamique économique par le marché intérieur et l'union monétaire dans les années ‘80 et ‘90; union politique et acteurs mondiaux au 21ème siècle.

Seul, celui qui a la force de réaliser la mondialisation peut gouverner au 21ème siècle.

Je vous invite vous, les 500 délégués du Congrès PPE à faire quelque chose de très démodé: discuter ensemble une journée entière sur le programme. Jusqu'où voulons-nous aller avec l'Union Européenne? Quelles sont nos conceptions en politique économique et sociale? Quelles sont nos idées en politique d'Education et de Recherche? Comment voulons-nous résoudre les questions de l'immigration, de l'asile et de la lutte contre la criminalité internationale? Quelle est notre responsabilité mondiale pour garantir la paix et comment pouvons-nous sauvegarder la création?

Le PPE est le seul Parti Européen qui entreprend ce grand effort et qui élabore avec tous les partis membres un projet de Programme et qui le discute, dans le cadre de ce Congrès, phrase après phrase et le met au vote. Nous pouvons être fiers de cela. Il donne un exemple de démocratie vécue en Europe. Au-delà des frontières des régions, des nations, des langues et des différentes expériences historiques, nous apportons la preuve que des intérêts nationaux peuvent coïncider avec un intérêt commun européen. Nous construisons ensemble la maison Europe et faisons confiance à la force des idées.

50 ans d'Unification européenne sont un exemple unique que des idéalistes, des utopistes étaient de vrais réalistes. Pas à pas l'Europe devient une réalité. L'Union Monétaire est là. l'intégration économique donnera à l'intégration politique l'impulsion décisive. L'Union Monétaire n'est pas la fin de la politique d'intégration mais le début d'une nouvelle étape dynamique qui va et qui doit nous conduire à une vraie union politique.

Qui doit nous conduire parce que les problèmes de demain ne peuvent se résoudre dans un particularisme européen. Qui va nous conduire parce que l'Unification de l'Europe est une nécessité historique à laquelle on ne peut se soustraire qu'en portant atteinte à ses intérêts élémentaires.

Nous, en tant que Parti Populaire Européen, pouvons réaliser cet avenir. Fidèles à nos idéaux et ouverts aux individus d'autres traditions qui veulent construire avec nous une Europe unie.

Aujourd'hui, demain et après-demain, nous allons en déterminer le cours. Alors, nous devons lutter chaque jour pour atteindre ce but tant espéré : une majorité pour notre politique le 13 juin.

IV. Pour une politique du centre

Le Parti Populaire Européen est ouvert à tous ceux qui veulent adhérer à sa conviction européenne et à son Programme. La politique du centre, de l'effort pour un équilibre au sein de la société, du rejet de l'extrémisme sous toutes ses formes, de la conciliation de la responsabilité sociale et de l'efficacité économique, de l'économie et de l'écologie, de l'identité régionale et nationale et de la vocation européenne, reste au coeur de notre philosophie politique.

Comme la CDU-CSU et le Partido Popular, nous avons eu la force d'unir au sein du PPE des démocrates-chrétiens, des modérés et des centristes, et d'atteindre un nouveau profil et une nouvelle identité.

Nous rejetons toutes formes d'extrémisme. Je félicite notre ami François Bayrou pour s'être démarqué clairement et sans ambiguïté de l'extrême droite et de son "non" catégorique à toute forme de soutien des députés du Front National lors des élections régionales. Entre les démocrates et les extrémistes, aucune coopération n'est possible.

Aussi, nous avons le droit d'exiger de la Sociale Démocratie Européenne de se distancer clairement de l'extrême gauche. C'est un scandale, lorsqu'aujourd'hui les sociaux démocrates allemands, sans crainte ni complexes, siègent à nouveau au sein des gouvernements des Länders aux côtés des responsables de l'érection du mur et des barbelés, de 40 ans de dictature et de non-liberté. Au nom des millions de victimes de la dictature communiste en Europe, il est de notre devoir de mettre le doigt sur cette blessure.

V. Perspectives pour l'Union Européenne

L'Unification européenne ne s'est jamais développée avec autant de dynamisme qu'au cours de ces quinze dernières années.

L'Acte Unique Européen en 1984, l'élargissement à l'Espagne et au Portugal en 1986, le Traité de Maastricht en 1991, le Marché Intérieur en 1992, l'élargissement à l'Autriche, à la Suède et à la Finlande en 1995, le Traité d'Amsterdam en 1997, début des négociations d'adhésion avec les Etats d'Europe centrale et orientale et Chypre en 1998, introduction de l'Euro le 1er janvier 1999.

Les Traités de Maastricht et d'Amsterdam et l'introduction de l'EURO donnent une tournure nouvelle à l'Unification européenne.

Les peuples de l'Europe ont irrévocablement scellés leur destin. L'Union Européenne est bien plus qu'une confédération lâche d'Etats, elle est une communauté de destins. Nous sommes aujourd'hui en route vers un Etat fédéral européen décentralisé, qui respecte les identités régionales et nationales et qui représente avec force les intérêts communs européens dans le jeu mondial des pouvoirs.

Les citoyens sont en droit d'attendre qu'une telle Union réponde aux plus hauts ambitions démocratiques.

Ils attendent que la Commission, qui a le monopole de l'initiative législative et par là occupe une fonction clé, ait une composition politiquement équilibrée. Une Commission composée unilatéralement, qui ne tienne pas compte des résultats des élections européennes, trouverait difficilement la confiance du Parlement Européen.

Chaque Commissaire doit répondre aux exigences les plus hautes, personnellement et par ses compétences. L'Europe exige les meilleurs.

Le pouvoir du Président de la Commission sera renforcé. A la lumière des événements des dernières semaines, il doit pouvoir retirer des dossiers aux Commissaires qui ne remplissent ou ne veulent pas remplir les exigences de leur fonction et finalement aussi pouvoir les démettre. Les prochaines Commissions ne jouiront pas de la confiance des citoyens, si elles nient la responsabilité politique individuelle des commissaires. Et elles ont besoin de la confiance de la représentation du peuple démocratiquement élue.

Renforçons donc ce Parlement Européen lors des élections européennes. Donnons-lui le pouvoir d'être l'avocat du citoyen. Par un Groupe PPE fort. Travaillons-y durant les semaines et les mois à venir, jusqu'aux élections du 13 juin. L'Europe a besoin d'une démocratie forte. L'Europe a besoin d'un Parti Populaire Européen fort.

VI. Conclusion

Cette présidence a dû, au cours de ces dernières années, prendre des décisions de grande envergure: l'intégration de l'UEDC au sein du PPE, l'adhésion de plus de 30 députés au sein de notre Groupe parlementaire, l'élaboration de décisions communes de politique économique et sociale lors de notre Congrès de Toulouse.

Je tiens à souligner le rôle déterminant qu'a joué à cet égard Jean-Claude JUNCKER. Les décisions du Conseil européen de Luxembourg de décembre 1997 restent pour nous, membres du PPE, les points de référence pour une vraie politqiue européenne de l'emploi. Cher Jean-Claude, tu as été Vice-président du PPE, et au nom de nous tous, je te remercie de tout coeur pour ton engagement et le travail accompli. Tu continueras à jouer, avec tes collègues Jean-Luc Dehaene et José Maria Aznar, un rôle décisif au Conseil Européen et au Sommet du PPE.

Nous avons pris ces décisions parce qu'elle sont importantes pour notre avenir. Dans tous les moments difficiles, il a été important pour moi d'avoir Klaus Welle, en tant que Secrétaire Général, à mes côtés.

Il y a 4 ans et demi, j'ai proposé Klaus Welle comme Secrétaire Général du PPE. Beaucoup à l'époque se sont posé la question de savoir s'il n'était pas trop jeune et trop inexpérimenté?

Je pense qu'aujourd'hui nous pouvons répondre, il a accompli sa tâche brillamment et avec bravoure.

Klaus Welle était un Secrétaire Général pour tous les partis membres, les petits comme les grands.

Ce n'est pas un chaud partisan du status quo. Il a fait progresser le PPE tant au plan du programme qu'au plan de l'organisation.

Ces 4 ans et demi ont été de bonnes années pour le PPE. Merci, Klaus.

Le Groupe du PPE au PE a élu, sur ma proposition, au mois de décembre Klaus Welle en tant que nouveau Secrétaire Général.

Si je suis réélu comme président du PPE je proposerai au congrès un nouveau Secrétaire Général. Je demanderai à nouveau votre confiance pour un représentant de la jeune génération. Alejandro Agag est depuis 1994, Secrétaire Général Adjoint du PPE. Entre-temps, il a été pendant deux le collaborateur direct de José-Maria Aznar et mérite votre confiance.

Je suis depuis 25 ans au service de l'Europe.

Dans les années ‘70, en tant que Président de mon parti, le CVP Belgique, je me suis employé avec Hans-August Lücker à la création du PPE en 1976.

Dans les années ‘80, en tant que Chef du gouvernement belge, nous avons à l'époque au sein du Conseil Européen préparé et concrétisé l'adhésion de la Grèce, de l'Espagne et du Portugal. Sans oublier l'Acte Unique Européen, le Marché Intérieur et enfin en 1991, le Traité de Maastricht et dont le couronnement fut l'Union Monétaire.

Dans les années ‘90, en tant que Président du Parti Populaire Européen et de son Groupe au Parlement Européen.

Nous avons donné au Parti un Programme de Base. Nous l'avons ouvert à des partis populaires d'autres traditions afin de construire ensemble l'Europe.

Nous avons trouvé des partenaires et des amis dans les nouvelles démocraties d'Europe centrale et orientale qui coopèrent avec nous.

Depuis 9 ans, je suis Président du Parti Populaire Européen, le jour viendra où je remettrai cette tâche dans des mains plus jeunes. D'ici là, je suis prêt, dans l'intérêt de la chose commune, à faire mon devoir.

Je suis prêt avec la nouvelle présidence, les présidents de partis et les nombreux amis qui s'engagent dans nos instances et avec vous tous, de mener le Parti au seuil du 21ème siècle.

Demain, je vous demandrai votre confiance.

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