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Discours
up one levelMardi, 22 avril 2008

Discours de Joseph Daul, Président du Groupe du PPE-DE, au Parlement européen

Hausse des prix des produits alimentaires dans l'Union européenne et dans les pays en développement

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Joseph Daul, au nom du groupe PPE-DE. – Monsieur le Président, Monsieur le Président du Conseil, Monsieur le Commissaire, je peux souscrire à votre rapport et, surtout pour l'Afrique, vous avez totalement raison. Le groupe du PPE-DE est très préoccupé par le phénomène de la pénurie alimentaire, qui affecte nombre de pays pauvres dans le monde, mais aussi par la hausse importante du coût du panier du consommateur en Europe. Et là, on n'en parle pas assez.

Cette crise alimentaire appelle tout d'abord les mesures d'urgence pour répondre aux populations qui ont faim. Et je salue à cet égard le déblocage de fonds au profit du programme alimentaire mondial. Mais ces mesures, aussi positives soient-elles, n'apporteront que des remèdes très temporaires au problème. C'est en réalité l'agriculture mondiale qui doit faire l'objet de réformes structurelles profondes. La crise alimentaire est l'occasion de lancer une réflexion approfondie sur la place que nous voulons accorder à l'alimentation et à l'agriculture dans l'économie mondiale et européenne.

Aujourd'hui, l'Europe prend conscience qu'elle a plus que jamais besoin de l'agriculture pour assurer sa sécurité alimentaire. Et pour répondre à la demande accrue des économies émergentes, il faut promouvoir le développement agricole de ces pays. Et le défi majeur est celui de l'autosuffisance alimentaire pour les pays pauvres. Il faut donc les aider à établir une agriculture économiquement viable.

Le gel de la production en Europe n'est plus adapté, vous l'avez dit. En termes de jours de consommation, vous savez que les stocks de céréales dont dispose actuellement l'Europe à vingt-sept ont été divisés par deux depuis 2005, et en cas de crise, ils seraient épuisés en un mois. Les importations ne seraient pas suffisantes, dans la mesure où nombre de pays tiers tendent à réserver leur production au marché domestique. Et ils ont raison. Les matières premières sont devenues objet de spéculation. Une tonne de blé se revend plusieurs fois avant d'arriver chez le meunier.

Concernant les agro-carburants, beaucoup les considèrent comme responsables de la crise alimentaire actuelle. Or, c'est loin d'être le cas. Ils ne représentent que 2 % de la production agricole actuelle en Europe. Ce que je voudrais dire, je ne veux pas défendre ici le lobby en faveur de cette agrochimie, mais n'abandonnons pas, tout de suite, tout. Gardons ces 2 %, pour que nous participions aussi en Europe au développement de l'agrochimie pour le futur.

Et il nous faudra recourir à des variétés qui résistent aux nouvelles donnes du changement climatique, ainsi qu'à la raréfaction des ressources en eau. Pour cela, nous devons investir dans la recherche agronomique et, ne nous voilons pas la face, nous devons aussi réfléchir de manière réaliste et responsable, je dis bien réfléchir, à la question des OGM. Le bilan de santé est un moment idéal pour lancer un vrai débat sur la politique agricole et alimentaire de l'Europe.

Souvenons-nous de la politique américaine quand on y était. Deux politiques sanctuarisées, que personne ne peut toucher, c'est ce qu'on nous a dit au Congrès: défense et sécurité alimentaire. Cessons de prôner des solutions simplistes et purement économiques qui n'apportent pas de réponses durables à la crise actuelle. Mais soyons aussi conscients que le soutien au problème alimentaire ne peut être que mondial. L'Europe doit trouver des solutions en collaboration avec les instances internationales comme la Banque mondiale, le FMI et, bien sûr, l'OMC. Il nous faut trouver un moyen de limiter les effets néfastes de la spéculation financière alors que les populations crient famine. Certains pays disposent de stocks considérables dont ils continuent à limiter les exportations. Les spéculateurs jouent avec la vie des populations. Il faut tout faire pour casser ces phénomènes et fluidifier les échanges.

Enfin, une enquête est nécessaire pour déterminer pourquoi la hausse des prix est si forte, alors même que les matières premières agricoles ne représentent qu'un très faible pourcentage du prix total des produits alimentaires transformés. Les responsabilités ne sont pas encore clairement définies et il semblerait que la crise alimentaire ne soit pas défavorable à tous.

Monsieur le Commissaire, il faut que nous prenions les choses en main, que nous fassions les différentes études nécessaires pour qu'il n'y ait pas de gens qui s'enrichissent sur le dos des plus pauvres, et aussi sur les plus bas revenus de nos concitoyens européens.